Cannabis et liberté sexuelle : les consommateurs de cannabis profitent-ils davantage de leur vie sexuelle ?
- 1. La consommation de cannabis peut-elle provoquer des troubles de l’érection ?
- 2. Le cannabis influence-t-il la libido ?
- 3. Les consommateurs de cannabis sont-ils plus heureux et libres dans leur sexualité ?
- 4. Avez-vous commencé à tester plus de choses nouvelles ?
- 5. Depuis que vous consommez du cannabis, choisissez-vous plus de partenaires sexuels variés ?
- 6. Le cannabis vous a-t-il aidé à mieux découvrir votre sexualité ?
- 7. Le cannabis a-t-il eu un effet sur votre sexualité ?
- 8. Le cannabis améliore-t-il la connexion émotionnelle entre partenaires sexuels ?
L’intersection de la consommation de cannabis et du comportement sexuel suscite depuis longtemps l’intérêt et la curiosité. Avec l’acceptation croissante et la légalisation du cannabis dans différentes régions du monde, couplées à l’évolution des mentalités sur la sexualité, la curiosité autour de l’impact potentiel du cannabis sur les expériences et la liberté sexuelles ne cesse de grandir. La notion de liberté sexuelle englobe divers aspects de la sexualité humaine, incluant la satisfaction sexuelle, l’exploration ou la possibilité d’exprimer ses désirs sans inhibition. Le cannabis, reconnu pour ses propriétés psychoactives et ses effets sur l’humeur et la perception, pose d’intéressantes questions quant à son rôle potentiel pour améliorer ou modifier les expériences sexuelles.

Cette question nous amène à explorer plusieurs points clés : la consommation de cannabis peut-elle apporter un meilleur épanouissement sexuel ? Peut-elle influencer des facteurs comme la libido, l’excitation ou la satisfaction sexuelle ? De plus, la consommation de cannabis est-elle en corrélation avec une approche plus libérée de la sexualité, comme l’exploration de pratiques diverses ou la remise en cause de certains tabous sociaux ? On s’intéresse également aux éventuels inconvénients ou limites du cannabis dans le contexte de la sexualité, notamment le risque de dysfonctions sexuelles, comme les troubles de l’érection, ou d’entraves à la connexion émotionnelle entre partenaires.
À travers cette exploration, nous nous penchons sur la recherche existante et la littérature scientifique, en analysant preuves empiriques et observations pour mieux comprendre la relation complexe entre consommation de cannabis et liberté sexuelle. Notre objectif est ainsi d’approfondir la compréhension des effets du cannabis sur les comportements, expériences et perceptions sexuelles, ainsi que les implications pour le bien-être personnel et l’évolution des mentalités concernant la sexualité. Ce travail vise à offrir une vision nuancée des liens entre cannabis et liberté sexuelle, à travers des informations qui pourront nourrir le débat public, les pratiques médicales et les choix individuels autour de la consommation de cannabis et des comportements sexuels.
La consommation de cannabis peut-elle provoquer des troubles de l’érection ?
Les recherches étudiant le lien possible entre la consommation de cannabis et la dysfonction érectile (DE) donnent des résultats contrastés, laissant de nombreuses questions en suspens. Certaines études suggèrent une corrélation entre une consommation lourde ou chronique et un risque accru de troubles de l’érection, mais les preuves restent insuffisantes et imposent la poursuite des recherches pour élucider les mécanismes sous-jacents.

Plusieurs études font état d’une association potentielle entre l’usage de cannabis et la dysfonction érectile. Par exemple, une méta-analyse portant sur cinq études cas-témoins et 3 395 hommes en bonne santé a montré que la prévalence de la DE était sensiblement plus élevée chez les consommateurs de cannabis que chez les non-consommateurs : 69,1 % (IC 95 % : 38,0–89,1) chez les usagers contre 34,7 % (IC 95 % : 20,3–52,7) chez les non-usagers. L’odds ratio de la DE chez les consommateurs de cannabis était près de quatre fois supérieur à celui des témoins (OR = 3,83 ; IC 95 % : 1,30–11,28 ; p = .02), bien que l’hétérogénéité des données (I2 = 90 %) et les limites méthodologiques invitent à l’interprétation prudente des résultats.
Malgré ces données, il convient de tenir compte des limites des études disponibles. Beaucoup d’entre elles sont réalisées dans des conditions imparfaites, notamment en raison du statut légal du cannabis, ce qui peut biaiser les résultats. De plus, les réactions individuelles au cannabis varient énormément : fréquence et durée d’utilisation, dosage, et présence de problèmes de santé sous-jacents peuvent influencer le risque de dysfonction érectile.

Différents mécanismes sont avancés pour expliquer ce lien potentiel : effets neurologiques, changements vasculaires, influences hormonales, facteurs psychologiques, habitudes de vie, troubles de santé chroniques et interactions médicamenteuses. Le cannabis contient notamment du THC, composé psychoactif qui interagit avec le système endocannabinoïde du cerveau et agit sur la libération des neurotransmetteurs et les circuits impliqués dans l’excitation sexuelle et la fonction érectile. D’autres impacts du cannabis sur la fonction cardiovasculaire, le taux d’hormones, l’humeur, la santé mentale ou le mode de vie pourraient également contribuer à des troubles sexuels.
Cependant, il est important de rappeler que tous les consommateurs de cannabis ne souffriront pas de troubles de l’érection, et que le risque dépend largement des caractéristiques et du contexte personnels. De plus, la recherche évolue encore et des études plus poussées seront nécessaires pour mieux cerner le lien entre cannabis et troubles de l’érection.
Bien que certaines preuves suggèrent un lien possible entre consommation de cannabis et dysfonction érectile, les connaissances actuelles demeurent insuffisantes. Les limites des études, la variabilité individuelle et la complexité des mécanismes impliqués rendent toute conclusion définitive difficile. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour éclairer la relation cannabis/DE et mieux informer les politiques de santé publique et pratiques médicales.
Le cannabis influence-t-il la libido ?
Il a été rapporté que la consommation de cannabis peut améliorer la fonction sexuelle, mais les études précédentes mettent en avant une relation complexe entre cannabis et excitation sexuelle. Certaines recherches indiquent que les indicateurs, physiologiques et subjectifs, de l’excitation et de la motivation sexuelles, pourraient être liés à une baisse de concentration des endocannabinoïdes circulants.

Une étude basée sur 216 questionnaires remplis par des personnes ayant consommé du cannabis lors de rapports sexuels révèle une diversité de ressentis. Parmi les participants, 52,3 % affirmaient utiliser le cannabis précisément pour modifier leur expérience sexuelle. 38,7 % estimaient que le sexe était meilleur avec cannabis, 16,0 % ont constaté des effets mitigés, 24,5 % ont noté des améliorations occasionnelles. Seule une minorité (4,7 %) rapportait que le cannabis avait un impact négatif sur leur vie sexuelle.

Concernant les effets précis, beaucoup ont rapporté des résultats positifs : 58,9 % une hausse du désir sexuel, 73,8 % une satisfaction accrue, 74,3 % une sensibilité au toucher renforcée. De plus, 65,7 % signalent des orgasmes plus intenses, 69,8 % un relâchement accru et 50,5 % une meilleure concentration. Mais tous les retours ne sont pas positifs : certains participants mentionnent somnolence, baisse de concentration, ou aucun changement. Curieusement, parmi ceux ayant des difficultés à atteindre l’orgasme, une partie a estimé qu’il devenait plus facile d’y parvenir avec le cannabis, même si cela n’équivalait pas toujours à une satisfaction sexuelle accrue.
Les raisons expliquant ce possible renforcement de l’expérience sexuelle restent floues. Des chercheurs allemands ont observé que l’orgasme déclenche la libération d’endocannabinoïdes, les propres composés du corps liés au plaisir. Cependant, les mécanismes précis par lesquels le cannabis influence la fonction sexuelle ne sont pas clairement établis. Malgré les bénéfices constatés, certains peuvent ressentir un effet négatif du cannabis sur leur vie intime, parfois dû à un sentiment de retrait ou de détachement, compromettant la connexion érotique avec le partenaire.
En conclusion, si le cannabis peut améliorer l’expérience sexuelle de certains en augmentant la détente, la sensibilité et le plaisir, ses effets varient largement d’un individu à l’autre. Il reste nécessaire de mener d’autres recherches pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre et les facteurs de variabilité individuelle.
Les consommateurs de cannabis sont-ils plus heureux et libres dans leur sexualité ?
Nos résultats s’inscrivent dans la lignée des recherches précédentes selon lesquelles l’intoxication aiguë au THC est fréquemment associée à une baisse de l’agressivité et à une ouverture subjective accrue, un sentiment de paix, de joie, de spiritualité, et de lien à l’univers. Certaines études estiment que la consommation fréquente de cannabis favorise notablement la sociabilité, la réflexion profonde, la joie, la bienveillance, l’empathie, une meilleure compréhension d’autrui et le développement personnel. Les consommateurs de cannabis manifestent aussi une empathie supérieure à la moyenne envers les émotions faciales des autres, comparé aux non-consommateurs. Toutefois, l’influence du cannabis sur l’agressivité peut dépendre de nombreux facteurs : variations génétiques, différences individuelles sur le plan psychique ou physique, vécu personnel, contexte social, environnemental, ou diversité naturelle des variétés de cannabis.
Les mécanismes biopsychosociaux qui sous-tendent ces effets transformationnels du cannabis sur la perception sont encore peu étudiés. On peut néanmoins les interpréter au regard des grandes théories comportementales et neurocognitives sur les comportements affectifs. La consommation de cannabis pourrait favoriser des comportements associés à la confiance et à la soumission, renforçant ainsi les liens sociaux et l’équilibre psychosocial. La capacité à ressentir l’empathie envers la souffrance d’autrui, amplifiée par l’usage de cannabis, est primordiale pour le développement de comportements prosociaux et d’une identité morale, en particulier à l’adolescence.

Sur le plan pharmacologique, la consommation de cannabis active le système endocannabinoïde, qui régule les réponses au stress et la motivation à la récompense. Les usagers présentent une réactivité de l’amygdale réduite face à des stimuli menaçants et rapportent davantage de détente, de sérénité et de bien-être. Des effets qui contrastent avec la montée de l’agressivité généralement constatée après consommation d’alcool.
Cependant, notre étude présente des limites : son analyse transversale ne permet pas de suivre l’évolution des participants ni d’observer les effets propres à chaque usager dans le temps. L’échantillon, composé majoritairement d’étudiants en psychologie, n’est pas pleinement représentatif de la population générale. Les différences de profils démographiques et d’expérience du cannabis entre étudiants et non-étudiants pourraient jouer sur les résultats. Néanmoins, les atouts originaux de l’étude, notamment un échantillon diversifié issu d’un établissement « majority-minority », enrichissent la compréhension du fonctionnement psychologique des jeunes adultes.
Avez-vous commencé à tester plus de choses nouvelles ?
La consommation de cannabis s’associe souvent à une plus grande ouverture à l’expérimentation, notamment en matière de sexualité et de découverte de soi. Sa capacité à réduire les inhibitions et à intensifier les sensations peut aider beaucoup à explorer des dimensions inédites de leur sexualité. Chez certains, l’état modifié induit par le cannabis favorise une meilleure aisance corporelle et une acceptation de ses désirs, avec à la clé une plus grande volonté de tenter des expériences telles que des rapports avec une personne du même sexe ou des pratiques fétichistes, d’après les recherches.
Les effets psychoactifs de la plante permettent de lever le poids de certains stigmates sociaux ou tabous internes, encourageant ainsi chacun à embrasser ses envies profondes sans crainte du regard d’autrui. La relaxation et l’euphorie induites par le cannabis intensifient les plaisirs sensuels et les rendent plus attrayants. Ce phénomène illustre la complexité de l’interaction entre l’esprit, le corps et la substance, le cannabis servant parfois de révélateur pour s’aventurer dans de nouveaux territoires sexuels. Il convient toutefois de rappeler que le cannabis ne change pas l’orientation ou les préférences sexuelles ; il offre plutôt un terrain favorable à l’exploration et à l’expression d’aspects auparavant refoulés ou ignorés. Cette interface entre cannabis et sexualité révèle donc la diversité de la sexualité humaine et de ses multiples expériences.
Depuis que vous consommez du cannabis, choisissez-vous plus de partenaires sexuels variés ?
Lors de la première analyse, il a été constaté que les femmes ayant rapporté consommer du cannabis présentaient une probabilité accrue d’avoir des rapports non protégés avec leurs partenaires principaux, par rapport à celles n’ayant pas déclaré d’usage. Aucune autre substance n’a atteint le seuil statistique. Il est à noter que les femmes Noires et Latinas présentaient un risque réduit d’avoir des rapports non protégés avec leur partenaire principal, comparées aux femmes d’« autres origines ». Par ailleurs, l’âge plus avancé était associé à une moindre probabilité d’avoir des rapports non protégés avec le partenaire principal.

Ces résultats mettent en lumière la relation complexe entre usage du cannabis et comportements sexuels chez les femmes, illustrant le rôle de facteurs démographiques comme l’origine et l’âge. Ces écarts soulignent l’importance des facteurs intersectionnels dans la prise en charge de la santé sexuelle et dans le développement d’interventions ciblées visant à promouvoir des pratiques sexuelles plus sûres dans des populations diverses. Dans la seconde analyse, il apparaît que les femmes consommatrices de cannabis avaient un risque plus élevé d’avoir des relations non protégées avec des partenaires occasionnels, par rapport aux non-consommatrices. À l’inverse, les femmes utilisant des opiacés étaient moins susceptibles de pratiquer le sexe non protégé avec des partenaires occasionnels que les non-usagères d’opiacés. Les femmes noires présentaient également moins de risques de rapports non protégés avec des partenaires occasionnels que les femmes d’« autres origines ».
Pour la troisième analyse, les femmes déclarant consommer du cannabis montraient une probabilité accrue de rapport non protégé avec des partenaires rémunérés, sans association significative pour les autres substances. Comme pour l’analyse précédente, les femmes noires étaient moins susceptibles d’avoir des rapports sexuels non protégés avec des partenaires rémunérés. En augmentant l’âge, la probabilité d’un rapport non protégé avec le partenaire principal montait également.

Lors de la quatrième analyse, les femmes consommatrices de cannabis étaient plus susceptibles d’avoir plusieurs partenaires sexuels que les non-usagères. Aucune autre variable liée à la consommation d’autres substances n’a montré d’association significative. Par ailleurs, l’emploi, par opposition au chômage, était associé à une probabilité plus élevée d’avoir plusieurs partenaires.
Pour la cinquième analyse, il a été noté que les femmes noires présentaient un risque accru d’infection sexuellement transmissible (IST) comparé aux « autres origines ». Aucun lien significatif n’a été observé avec la consommation de substances. Enfin, dans l’analyse suivante, il a été constaté que l’usage d’autres substances illicites augmentait le risque de diagnostic de VIH, les femmes noires étant également à plus fort risque.
Ces résultats illustrent la complexité des liens entre usage de substances et comportements sexuels à risque chez les femmes, mettant en avant l’influence variable des drogues sur la prise de risque sexuel. Ils soulignent aussi la persistance d’inégalités structurelles et sociales qui pèsent sur la santé sexuelle de certaines populations.
Le cannabis vous a-t-il aidé à mieux découvrir votre sexualité ?
Le rôle médiateur possible de la santé mentale dans l’association entre identités de genre, identités sexuelles et usage du cannabis a été mis en lumière. Deux tendances principales ressortent des effets indirects mis en avant par chaque modèle : d’une part, les adolescentes, personnes non-binaires et minorités sexuelles déclarent davantage de troubles intériorisés que leurs pairs ; d’autre part, il existe une forte relation entre probabilité élevée d’usage du cannabis et risque modéré ou élevé de symptômes de troubles intériorisés.

Si les effets totaux varient selon les modèles, les effets directs ultérieurs font ressortir un rôle médiateur constant des troubles intériorisés dans la relation entre cannabis et identité de genre ou orientation sexuelle. Concernant le genre, l’effet total de l’identité de genre sur l’usage de cannabis était significatif pour les personnes non-binaires mais pas pour les femmes. Pour l’orientation sexuelle, l’effet global sur l’usage du cannabis était quasi-significatif. En intégrant les troubles intériorisés dans le modèle, l’effet direct de l’identité de genre sur la consommation de cannabis devient significatif et légèrement diminué chez les non-binaires, et marginalement significatif pour les femmes. De même, l’effet direct de l’orientation sexuelle s’estompe une fois les troubles intériorisés inclus dans le modèle.
Ces données laissent penser que les symptômes de troubles intériorisés jouent un rôle de médiateur dans la relation entre identités de genre/sexualité et usage du cannabis à l’adolescence. Les jeunes de minorités de genre et de sexualité présentent plus de troubles intériorisés, et ces troubles augmentent la probabilité d’usage du cannabis. Cela souligne l’importance de s’attaquer aux problèmes de santé mentale des ados, en particulier dans les groupes minoritaires, pour limiter les risques d’usage. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et élaborer des interventions ciblées en faveur du bien-être psychique et de la prévention de l’usage de substances chez les jeunes.
Cette étude, menée auprès d’un large échantillon diversifié d’élèves canadiens du secondaire, a exploré le rôle médiateur des troubles intériorisés dans l’association entre usage du cannabis et identité de genre ou orientation sexuelle. Comprendre les liens entre santé mentale à l’adolescence et consommation de cannabis est d’autant plus crucial que les conséquences du cannabis sur l’avenir et le bien-être global sont potentiellement délétères, surtout chez les jeunes minoritaires qui présentent des taux de consommation plus élevés.
Trois principaux constats apparaissent à travers le prisme de la théorie du stress minoritaire, qui suppose que les groupes minoritaires subissent un surplus de stress issu des discriminations et du rejet :
D’abord, les femmes, les personnes non-binaires et les jeunes non-hétérosexuels montrent un risque bien plus élevé de troubles intériorisés. Un rappel de l’importance de prendre en charge la santé mentale des adolescents, car ses impacts sont profonds et durables.

Ensuite, il semble y avoir une relation dose-réponse entre le risque de trouble intériorisé et la probabilité d’usage du cannabis. La poursuite de la consommation pendant l’adolescence est associée à l’aggravation des symptômes dépressifs, aux troubles anxieux et à une hausse de la consommation d’autres drogues. Cela suggère que les jeunes minoritaires sont plus susceptibles d’avoir recours au cannabis pour faire face au stress.
Enfin, les adolescents des minorités de genre/sexualité utilisent davantage les substances – cannabis compris – que les autres, ce qui semble indiquer des tensions sous-jacentes telles que l’absence de soutien familial ou la précarité des soins de santé, amplifiant la consommation dans ces groupes.
Les implications pratiques incluent la nécessité d’interventions spécifiques contre les troubles liés au cannabis chez les ados, avec des stratégies telles que la thérapie de renforcement motivationnel ou la thérapie comportementale cognitive. Mais elles doivent aussi aborder les facteurs de fond comme les attitudes parentales ou la politique scolaire, pour offrir un environnement favorable aux plus vulnérables. Limites : la nature transversale de l’étude ne permet pas d’affirmer un lien causal, et la mesure approximative de la consommation de cannabis en limite la portée. L’échantillon canadien peut également poser la question de la généralisation à d’autres pays.
Au final, des recherches qualitatives devraient explorer les sources précises de stress mental rencontrées par les jeunes minoritaires, et des études quantitatives mesurer les perceptions de l’usage du cannabis comme stratégie d’adaptation. Il serait aussi pertinent d’analyser les déterminants sociétaux et communautaires du recours au cannabis et d’évaluer l’efficacité de certaines thérapies pour la réduction de la consommation.
Le cannabis a-t-il eu un effet sur votre sexualité ?
Depuis 2020, l’évolution des lois américaines sur le cannabis est marquée : la plupart des Américains vivent dans un État où l’usage est légal à divers degrés. Actuellement, le cannabis est entièrement légal dans 11 États et Washington DC, légal pour un usage médical dans 28 autres. Il reste totalement illégal dans 11 États. Malgré son statut légal, le cannabis est extrêmement populaire et il est estimé être l’une des cultures agricoles les plus lucratives du pays.
En dépit de son usage répandu, peu d’études ont étudié en profondeur l’impact du cannabis sur l’expérience sexuelle. Les recherches récentes comblent ce manque et confirment les observations antérieures selon lesquelles une grande proportion de personnes estiment que le cannabis rehausse leurs rapports sexuels.

Dans une étude de l’Université de la Colombie-Britannique portant sur 216 utilisateurs de marijuana en contexte sexuel, la majorité a déclaré des effets positifs sur la qualité de leurs rapports sexuels sous cannabis. Plus précisément :
- 74 % ont signalé une sensibilité accrue au toucher érotique.
- 74 % ont noté une amélioration de la satisfaction sexuelle.
- 70 % se sont sentis plus détendus et présents durant l’acte.
- 66 % ont constaté une intensification du plaisir lors de l’orgasme.
- 59 % ont observé une augmentation du désir sexuel.
- Parmi ceux ayant des difficultés à atteindre l’orgasme, la moitié pense que le cannabis les aide à y parvenir.
- 41 % mentionnent des effets mitigés, avec des améliorations de certains aspects du sexe et une baisse pour d’autres.
- 39 % estiment que le cannabis améliore toujours l’expérience sexuelle.
- Seuls 5 % ont indiqué que le cannabis gâchait systématiquement le sexe.
Dans une autre étude réalisée par l’Université de Saint-Louis, 373 femmes consultant pour un suivi gynécologique ont été interrogées sur leur usage de cannabis avant un rapport. Un tiers déclarait en consommer. Les utilisatrices régulières avant l’acte étaient deux fois plus susceptibles de signaler des orgasmes très satisfaisants que les autres.
Il convient de noter que ces deux études utilisaient des échantillons de convenance, c’est-à-dire facilement accessibles, ce qui enlève leur valeur définitive. Toutefois, leurs résultats sont cohérents avec ceux de la littérature plus large en sciences humaines. En effet, la plupart des études psychologiques reposent sur de tels échantillons pour des raisons pratiques, et ces recherches apportent des éléments précieux à notre compréhension du phénomène étudié.
Le cannabis améliore-t-il la connexion émotionnelle entre partenaires sexuels ?
L’influence de la consommation de substances, y compris la marijuana, sur la dynamique des relations de couple fait débat tant chez les chercheurs que dans la société. Certains avancent qu’elle est liée à une moindre satisfaction conjugale, un risque accru de séparation ou de conflits, tandis que d’autres estiment que les effets à long terme sont relativement neutres, voire positifs. Par exemple, des données indiquent qu’une consommation partagée d’alcool favorise la qualité du couple.

Au sein de ce débat, une étude récente publiée dans la revue Cannabis montre que l’usage occasionnel à fréquent de marijuana pourrait renforcer l’intimité du couple. Dans cette recherche, des équipes des universités de Buffalo et Houston ont recruté 183 couples hétérosexuels pour un suivi de 30 jours, tous utilisateurs réguliers (deux fois par semaine ou plus).
Pendant ce mois, les couples ont consigné, via une appli mobile, leurs épisodes de consommation de cannabis ainsi que les « événements d’intimité » (interactions ou conversations impliquant de l’amour, du soutien ou de l’affection).
L’analyse des données fait ressortir plusieurs constats :
- En moyenne, un événement d’intimité était vécu tous les deux jours sur la période.
- Ces moments survenaient plus souvent après 17h00 qu’avant.
- Les femmes rapportaient plus d’événements d’intimité que les hommes.
- La fréquence d’usage du cannabis était aussi d’un jour sur deux.
- Les hommes consommaient davantage que les femmes.
- Un événement d’intimité avait bien plus de chances de se produire dans les deux heures suivant un épisode de consommation de cannabis, qu’un ou les deux partenaires aient consommé.
- Ces éléments laissent penser à une association positive entre usage de marijuana et intimité relationnelle.
Les chercheurs concluent donc que consommer du cannabis ensemble ou en présence de son partenaire est lié à une hausse de l’intimité juste après. Cet effet a été observé indifféremment du genre des partenaires et même si un seul consommait. Contrairement à l’alcool, il n’est pas nécessaire que les deux partenaires consomment pour bénéficier d’un effet positif sur la relation.
Bien que ces résultats suggèrent un bénéfice potentiel du cannabis pour l’intimité au sein du couple, il faut rester prudent, car corrélation ne signifie pas causalité. Les recherches devront se poursuivre pour comprendre précisément les mécanismes en jeu.
Ressources externes
2. Comment le cannabis modifie l’expérience sexuelle : enquête auprès d’hommes et de femmes
3. Consommation de cannabis et prosocialité
8. Les derniers effets sexuels du cannabis
9. Le cannabis peut-il améliorer la qualité de votre relation ?
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