La légalisation fédérale du cannabis aux États-Unis pourrait-elle faire plus de mal que de bien ?
Alors que les législateurs examinent deux projets de loi visant à mettre fin à la prohibition du cannabis qui dure depuis des décennies aux États-Unis, cette nouvelle n’est pas bien accueillie par certains acteurs du secteur. Il existe une opposition traditionnelle à la réforme de la part de nombreuses organisations policières ainsi que de professionnels de la santé. Mais même certains entrepreneurs du cannabis dans les États ayant déjà instauré un marché légal ressentent une certaine inquiétude.
Les deux principales préoccupations évoquées par ceux qui s’opposent traditionnellement à la légalisation sont l’impact sur la santé publique et la question de la criminalité. Et une troisième problématique semble désormais émerger : celle de savoir si les marchés du cannabis déjà en place ne risqueront pas de disparaître dès que le commerce inter-États deviendra possible et que de grandes entreprises prendront le contrôle du marché.
Légalisation du cannabis et statistiques criminelles
L’art du « cherry-picking » de données a longtemps permis tant aux partisans de la réforme qu’à ceux qui estiment que la marijuana est une drogue dangereuse de trouver des preuves allant dans leur sens. Cependant, une analyse impartiale montre que l’adoption de lois de légalisation a peu d’effet sur les taux de criminalité.
Ainsi, le Cato Institute a constaté que, dans les huit années écoulées depuis que le Colorado et l’État de Washington ont été les premiers à légaliser le cannabis en 2012, les taux de criminalité dans ces États et d’autres sont restés quasiment inchangés. Certains ont vu une légère baisse, d’autres une hausse, mais il n’y a aucune corrélation avec la légalité du cannabis.
La sécurité routière semble en revanche être un tout autre sujet, étant donné que le nombre d’accidents mortels où le conducteur avait du THC dans l’organisme a augmenté aussi bien juste avant la légalisation qu’après. Toutefois, les critiques soulignent qu’un test positif ne signifie pas nécessairement une incapacité à conduire, car les métabolites du cannabis sont détectables dans le corps pendant plusieurs jours après la consommation, et bien plus longtemps chez les usagers réguliers.
Néanmoins, l’impact du cannabis sur la sécurité routière demeure une question controversée et fait partie de chaque débat.
Les petites entreprises se sentent menacées
Une opposition inattendue à la levée de la prohibition fédérale vient d’entrepreneurs du cannabis opérant dans les États « verts ». Ils sont habitués à un environnement où le commerce inter-États est interdit et où il n’existe pas de concurrence nationale.
Il va de soi que certains États, comme la Californie ou l’Oregon, bénéficieraient de la possibilité de vendre leurs produits dans tout le pays, car leur climat et des régulations plus souples offrent aux producteurs locaux un avantage concurrentiel. L’Oregon a même modifié ses lois afin que les entreprises locales soient prêtes à passer au niveau national dès la levée de l’interdiction fédérale.
Mais les États voisins comme Washington ou l’Alaska craignent que des produits moins chers provenant d’autres États ne mettent les producteurs locaux en difficulté. Le Colorado partage des craintes similaires et les autorités ont décidé d’autoriser davantage de cultures en extérieur pour rendre l’industrie du cannabis de l’État plus compétitive.
Il est intéressant de noter que les acteurs du marché noir nourrissaient les mêmes inquiétudes lorsque les États ont commencé à envisager la légalisation. Certains rapports faisaient état de dealers de rue votant systématiquement contre de telles mesures. Pourtant, leurs craintes ne se sont pas, pour l’instant, concrétisées, puisque marché légal et marché noir semblent coexister plutôt paisiblement.
Et les acteurs qui se sentent menacés par l’arrivée de produits moins chers et de grandes entreprises provenant d’États voisins devraient réfléchir à ce que signifierait une légalisation au niveau mondial pour leur activité. Si cela se produisait, il existerait alors des dizaines de pays avec de meilleurs climats, une main-d’œuvre moins chère et des taxes plus basses que dans n’importe quel État américain.
La concurrence est saine, même si elle signifie qu’il y a des perdants comme des gagnants. Il faut l’accepter et reconnaître aussi que les technologies et politiques de rupture émergent en permanence. On peut tenter de les freiner avec des restrictions et des régulations, mais au final, le progrès l’emporte toujours.
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