VIH et cannabis : une thérapie potentielle ou un pari risqué ?
- 1. Pourquoi les personnes vivant avec le vih consomment-elles du cannabis?
- 2. Bénéfices et mécanismes sous-jacents
- 2. a. Propriétés anti-inflammatoires
- 2. b. Soulagement des douleurs neuropathiques
- 2. c. Soulagement des nausées
- 2. d. Stimulation de l'appétit
- 2. e. Amélioration de l’humeur
- 2. f. Meilleur sommeil
- 2. g. Suppression de l’activité virale
- 3. Plus d’avantages ou plus de risques?
- 3. a. Performance neurocognitive
- 3. b. Observance du traitement
- 4. Bénéfices supplémentaires du cannabis chez les séropositifs
- 4. a. Réduction de la consommation d’opiacés
- 4. b. Augmentation de l’activité physique
- 5. Cbd : une alternative légale non-intoxicante
- 6. Recherches à venir
- 7. En conclusion
Nous avons parcouru un long chemin depuis l'époque où un diagnostic de VIH équivalait à une condamnation à mort. Désormais, grâce à la TAR (thérapie antirétrovirale), les personnes infectées par le Virus de l'Immunodéficience Humaine peuvent vivre longtemps, de façon productive, heureuse et relativement saine, car les médicaments disponibles permettent de maîtriser la maladie.
Cependant, la situation n'est pas si idyllique pour les personnes vivant avec le VIH (PVVIH, pour faire court). La présence du virus dans l'organisme, ainsi que les effets secondaires des médicaments antirétroviraux, finissent par peser lourdement. C’est là que le cannabis pourrait aider, car différents groupes de patients ont traditionnellement utilisé cette substance pour de nombreux symptômes qui accompagnent le VIH. D’un autre côté, l’utilisation du cannabis contre le VIH inquiète de nombreux professionnels de santé, car beaucoup de choses restent inconnues sur l’influence du cannabis sur la santé des personnes infectées par le VIH, les conséquences à long terme, ou encore ses interactions avec les thérapies antivirales.
Dans cet article, nous examinerons l’ensemble des recherches disponibles à ce jour. Nous espérons que cela permettra de tirer quelques conclusions pratiques sur les avantages et les risques de la consommation de cannabis chez les personnes séropositives.
Pourquoi les personnes vivant avec le VIH consomment-elles du cannabis ?
Comme c’est le cas pour d’autres maladies graves comme le cancer ou la sclérose en plaques, les patients atteints du VIH utilisent le cannabis pour soulager divers symptômes qui les font souffrir, mais ils espèrent aussi que ce qui les fait se sentir bien contribuera à lutter contre le problème de fond. Plus nous étudions cette plante incroyable, plus nous pensons qu’elle pourrait effectivement avoir des bénéfices allant bien au-delà de la simple gestion des symptômes.
Quoi qu’il en soit, les patients séropositifs au VIH ou au SIDA ont compté historiquement parmi les premiers à adopter le cannabis à visée médicale, et ils continuent d’en consommer à un taux plus élevé que la population générale. Nombreux sont ceux qui ont entendu des témoignages de patients incorporant le cannabis dans leur mode de vie ; d’autres en connaissent personnellement. La recherche scientifique confirme l’usage très répandu du cannabis au sein des groupes séropositifs.
Une étude a porté sur des patients séropositifs d’une grande clinique et a constaté qu’un tiers d’entre eux utilisaient le cannabis pour gérer leurs symptômes. Les bénéfices les plus communément rapportés étaient :
| Les bénéfices les plus souvent rapportés | |
|---|---|
| Appétit accru | 97% |
| Soulagement des douleurs musculaires | 94% |
| Soulagement des nausées | 93% |
| Réduction de l'anxiété | 93% |
| Soulagement des douleurs nerveuses | 90% |
| Atténuation de la dépression | 86% |
| Soulagement des paresthésies | 85% |
À noter toutefois qu'une importante minorité de répondants (47%) a déclaré que la consommation de marijuana affectait négativement leur mémoire.
Une autre étude a évalué le pourcentage de patients VIH/SIDA ayant consommé de la marijuana au cours du mois précédent, et les taux atteignaient 23%. Les bénéfices les plus couramment rapportés étaient :
- Soulagement de l’anxiété et/ou de la dépression (57%)
- Appétit accru (53%)
- Plaisir accru (33%)
- Soulagement de la douleur (28%)
Bénéfices et mécanismes sous-jacents
Certaines vertus du cannabis rapportées par les patients atteints du VIH sont si fréquentes et observées depuis tant de décennies qu’il ne fait aucun doute quant à leur existence. De plus, les chercheurs commencent à étudier les mécanismes sous-jacents qui rendent le cannabis intéressant, et certains ont même été identifiés. Regardons cela d’un peu plus près.
Propriétés anti-inflammatoires
La capacité des cannabinoïdes à réduire l’inflammation est bien documentée, et l’inflammation joue un rôle de premier plan dans de nombreuses maladies, dont le VIH. Malheureusement, les patients séropositifs développent de nombreux autres troubles : maladies cardiovasculaires, diabète, cancers... et dans tous ces cas, l’inflammation systémique joue un rôle central. Les deux principaux constituants du cannabis – THC et CBD – sont étudiés comme immunomodulateurs potentiels, même si la plupart des études ont été menées sur des cultures cellulaires ou chez l’animal, et que les données humaines restent rares.
Une étude a montré que l’activation du récepteur CB2 pouvait aider à freiner la propagation du VIH dans l’organisme. Les récepteurs CB2 sont nombreux dans l’intestin, et ciblés par le CBD comme par le THC. Dans une étude, des singes infectés par un virus ressemblant au VIH ont été traités avec du THC. Ce principal composé psychoactif du cannabis a permis de réduire la gravité de la maladie et d’améliorer la santé intestinale.
Chez les personnes vivant avec le VIH, l'utilisation du cannabis a été associée à des niveaux moindres de certaines cellules et protéines liées à la progression du VIH et à des problèmes de santé associés.
Parmi tous les cannabinoïdes, les chercheurs aiment particulièrement étudier le CBD (cannabidiol), car il n’entraîne pas d’effet planant – si caractéristique du cannabis – tout en démontrant un fort potentiel médicinal. Ce composé a démontré la capacité à réduire l’inflammation dans les cellules cérébrales infectées par le VIH. La neuro-inflammation induite par le VIH crée un « effet domino », qui active les cellules infectées du cerveau, lesquelles répliquent puis relarguent le virus. Le CBD interrompt ce mécanisme, diminue l’inflammation et maintient ces cellules dormantes.
Dans une autre étude utilisant des cellules humaines infectées, le CBD a également montré un effet anti-inflammatoire. Le mécanisme sous-jacent repose sur une production réduite de plusieurs cytokines et chimiokines – des substances impliquées dans l’inflammation. Pour ceux qui souhaitent approfondir, le CBD a permis d’inactiver une protéine appelée caspase 1 et de réduire l’activité du gène NLRP3, deux éléments clés du processus inflammatoire. Enfin, le CBD a aussi permis de réduire significativement la présence du VIH dans les cellules.
Soulagement des douleurs neuropathiques
La douleur neuropathique – ressentie comme des « fourmillements », surtout dans les mains et les pieds – est un symptôme très fréquent chez les personnes séropositives. Elle peut résulter des lésions provoquées par le virus lui-même ou par les traitements. Ce type de douleur peut considérablement altérer la qualité de vie des patients, et il est urgent de lui trouver une solution efficace.
Aussi bien les études animales que cliniques suggèrent que le cannabis et certains de ses composés pourraient soulager la douleur neuropathique. Une étude chez le rat a examiné la capacité du CBD à atténuer la douleur tout en réduisant l’inflammation. Les résultats montrent qu’administrer du CBD aux rongeurs diminue la production de substances pro-inflammatoires dans leur corps ; les douleurs neuropathiques ont donc aussi été réduites.

Une autre étude a déterminé la véritable cible des composés du cannabis quand ils produisent leur effet antalgique. Généralement, les cannabinoïdes agissent via des récepteurs particuliers – CB1 et CB2 – mais dans ces expériences animales, les chercheurs ont découvert que le soulagement de la douleur neuropathique découlait de l’activation d’un autre type de récepteur dans l’organisme, le récepteur glycine α3.
Côté humain, une étude menée sur des patients VIH présentant des douleurs neuropathiques a montré que le cannabis fumé réduisait de 34 % la douleur quotidienne, contre seulement 17 % pour le placebo. Dans une autre étude, on observe une diminution de 52% de la douleur liée à la neuropathie sensorielle dans le groupe cannabis, contre juste 24% dans le groupe placebo. Ces résultats, tout comme de nombreux témoignages, suggèrent que le cannabis est effectivement une option prometteuse chez les patients séropositifs atteints de douleurs neuropathiques.
Soulagement des nausées
On utilise le cannabis contre les nausées et vomissements depuis longtemps, et plus récemment chez les patients sous chimiothérapie ou souffrant de nausées pour d’autres raisons. Chez les séropositifs, les nausées et vomissements sont un effet secondaire courant de certains antirétroviraux, notamment les inhibiteurs de protéase, donc l’action antiémétique du cannabis est potentiellement très intéressante.
Malheureusement, les effets antiémétiques n’ont pas été étudiés spécialement dans la population VIH, mais ils ont tout de même été observés dans d’autres recherches. Une étude a exploré le dronabinol, équivalent synthétique du THC, et a constaté une diminution des nausées chez les patients atteints du SIDA. Les chercheurs suggèrent que le cannabis serait adapté pour ceux qui ne répondent pas aux anti-nauséeux conventionnels.
Les patients traités par cannabis médical doivent cependant rester vigilants, car une réaction indésirable rare, le syndrome d’hyperémèse cannabique (CHS), a été récemment observée. Il s’agit d’une réaction persistante où la personne se met à vomir après avoir consommé du cannabis. Cela touche une minorité de gros consommateurs quotidiens sur le long terme, mais certains patients médicaux doivent en consommer beaucoup pour soulager leur état, et courent donc le risque de développer ce syndrome.
Stimulation de l'appétit
Un autre effet positif bien connu du cannabis, particulièrement utile chez les séropositifs, est sa capacité à stimuler l’appétit. La perte d’appétit et le amaigrissement peuvent conduire au syndrome de dépérissement lié au SIDA. On en parle lorsque la personne perd plus de 10% de son poids corporel, associée à une diarrhée ou à une fièvre durant plus de 30 jours.

Le traitement standard consiste à stimuler l'appétit du patient, via un médicament appelé acétate de mégestrol (Megace). Parmi les cannabinoïdes, seul le dronabinol (Marinol), forme synthétique du THC, a été étudié dans ce cadre. Il a effectivement amélioré l’appétit des patients, leur permettant de stabiliser leur poids.
Si le dronabinol se prend par voie orale, certains préfèrent le cannabis naturel – ils en fument juste assez pour soulager leurs symptômes et bénéficient en prime d’un meilleur appétit. Cela a d’ailleurs mené à des recherches sur la sécurité d’une telle pratique. Une petite étude de 2000 a montré que les personnes séropositives ayant fumé du cannabis pendant 21 jours n’avaient pas vu le taux de virus augmenter pendant cette période. Selon l’auteur, la marijuana médicale pourrait être utilisée avec succès en complément d’autres médicaments pour la gestion du dépérissement.
Amélioration de l’humeur
Bien que les propriétés euphorisantes du cannabis ne conviennent pas à tout le monde (certains n’aiment pas ses effets), elles peuvent convenir à la plupart, que ce soit dans le VIH ou toutes maladies chroniques handicapantes.
Les personnes ayant développé le SIDA à la suite d’une infection VIH souffrent fréquemment de détresse, d’anxiété et de dépression. Certains patients atteints du SIDA qui consomment de la marijuana pour soulager des symptômes physiques rapportent également une amélioration de leur humeur. Une étude récente sur le Marinol a montré que parmi les patients SIDA et cancer, l’euphorie était considérée comme un effet secondaire positif.
Meilleur sommeil
Les effets du cannabis sur le sommeil restent controversés. Il ne fait aucun doute que certaines variétés de marijuana aident à dormir, mais on se demande si cela pourrait nuire à la qualité du sommeil sur le long terme. Il est fréquent de constater des troubles du sommeil ou de l’insomnie chez ceux qui arrêtent le cannabis. Mais, pour les personnes souffrant de maladies invalidantes comme le VIH, un sommeil réparateur grâce au cannabis, même s’il peut présenter des effets négatifs plus tard, est très bénéfique. Il n’est donc pas surprenant que beaucoup de patients l’utilisent pour améliorer leur sommeil.
Une grande enquête a montré que ceux qui utilisaient le cannabis pour dormir se réveillaient plus reposés et fonctionnaient mieux le matin que ceux sous somnifères classiques ou rien du tout. Ils déclaraient aussi avoir moins mal à la tête et moins de nausées. Mais, comparé à d’autres somnifères, le cannabis les rendait parfois plus fatigués, anxieux ou irritables au réveil.
Une autre étude sur des séropositifs souffrant d’insomnie et de troubles du sommeil montre que 71% ont constaté une amélioration du sommeil avec du cannabis médical. De plus, 39% ont pu réduire ou arrêter leur traitement médicamenteux. Seuls 21% ont déclaré des effets secondaires suffisamment mineurs pour continuer à utiliser le cannabis.

Suppression de l’activité virale
C’est un schéma commun dans de nombreux axes de recherche sur le cannabis : il est d’abord étudié pour son soulagement des symptômes, puis les scientifiques découvrent qu’il agit également sur le fond du problème. En ce qui concerne le VIH, la question essentielle est la capacité du cannabis à inhiber directement l’activité du virus.
Une étude menée sur des personnes sous traitement antirétroviral a montré que celles qui consommaient aussi du cannabis voyaient leur ADN viral « décroître » plus vite que les autres. Ce phénomène désigne la diminution du patrimoine génétique du virus dans le corps, un indicateur clé de l’efficacité de la thérapie antirétrovirale.
Une autre étude s’est penchée sur la consommation importante de cannabis chez les patients sous traitement antirétroviral. Résultat : la fréquence des cellules immunitaires activées ou inflammatoires baissait chez les gros consommateurs, ce qui suggère que le cannabis pourrait réduire l’inflammation systémique et l’activation immunitaire sous traitement TAR.
Plus d’avantages ou plus de risques ?
Certaines influences du cannabis sur les patients séropositifs (voir plus haut) tendent vers un effet bénéfique, d’autres inquiètent. Mais là aussi, il peut y avoir des surprises : au lieu de risques, les consommateurs de weed séropositifs pourraient au contraire en tirer soulagement.
Performance neurocognitive
Le vieillissement cérébral est une préoccupation majeure pour les personnes vivant avec le VIH, surtout avec l’âge. Le virus cause de l’inflammation et des atteintes nerveuses, et l’espérance de vie des séropositifs approchant désormais celle de la population générale, les dommages peuvent s’accumuler.
Il est évident que sous l’effet du cannabis, certaines fonctions cérébrales – attention, mémoire – sont affectées. Chez les gros consommateurs, une baisse de la performance cognitive se remarque même en dehors de la consommation. Certaines études indiquent aussi qu’un usage très précoce du cannabis (à l’adolescence) pourrait affecter le QI.
On pourrait penser que tout cela serait pire chez les séropositifs, mais ce n’est pas le cas. Une étude ayant étudié la consommation de cannabis et la déficience neurocognitive (NCI) chez les patients au VIH note un effet plutôt neuroprotecteur. Les chercheurs laissent entendre que cela provient de l’effet anti-inflammatoire du cannabis sur le cerveau des patients.
Une autre étude publiée en 2021 a analysé la consommation importante de cannabis chez les séropositifs. Les scientifiques ont constaté de meilleures performances cognitives chez les patients souffrant de troubles de l’usage du cannabis (CUD) par le passé. Ces patients réussissaient mieux des tests de vitesse de traitement, d’apprentissage visuel, de mémoire et d’habileté motrice, comparés à ceux n’ayant jamais consommé.
Pour résumer, comme chez les personnes âgées, le cerveau des patients VIH semble bénéficier du cannabis, qu’il soit utilisé thérapeutiquement ou pour le loisir. Mais ces effets restent encore mal compris : davantage de recherches sont nécessaires pour estimer précisément les avantages et éventuels risques liés au cannabis dans cette population.

Observance du traitement
Autre enjeu essentiel : le cannabis perturbe-t-il la régularité et la rigueur avec lesquelles les personnes prennent leur TAR ? Une étude particulière a ravivé cette crainte : elle a montré que les patients âgés consommateurs de cannabis étaient moins observants dans leur traitement que leurs homologues abstinents.
Cependant, les données disponibles sont contradictoires. Une étude publiée en 2017 a démontré que l’usage intensif du cannabis n’exacerbait pas la non-observance du traitement, sauf s’il était associé à de grosses consommations d’alcool. Une autre étude publiée en 2005 a révélé que les personnes vivant avec le VIH étaient plus observantes si elles utilisaient le cannabis pour soulager les nausées, mais moins lors d’un usage récréatif.
En résumé, la relation ici est très complexe et dépend de nombreux facteurs, confirmant le besoin de recherches supplémentaires. En tout cas, les patients séropositifs doivent se rappeler l’importance de suivre rigoureusement leur thérapie antirétrovirale, car le pronostic à long terme en dépend.
Bénéfices supplémentaires du cannabis chez les séropositifs
Il reste encore beaucoup à apprendre sur l’interaction entre cannabis, symptômes et virus du VIH, mais la recherche laisse entrevoir encore plus de bénéfices que ceux déjà évoqués. Voici quelques exemples :
Réduction de la consommation d’opiacés
La marijuana médicale se montre régulièrement comme une alternative aux antidouleurs opioïdes, autrement plus risqués. Une étude publiée en janvier 2018 l’a confirmé : les séropositifs souffrant de douleur chronique ayant recours au cannabis consomment moins d’opioïdes, médicaments au potentiel d’addiction et de surdose mortelle bien plus élevé.
Augmentation de l’activité physique
L’exercice physique est utile aussi bien chez la personne en bonne santé que chez celles vivant avec une pathologie chronique, et tout ce qui encourage les patients à pratiquer une activité régulière doit être exploré. Une étude de 2023 a étudié le lien entre consommation de substances et activité physique chez des séropositifs souffrant de douleurs chroniques et de dépression. L’étude montre que les usagers du cannabis déclarent des activités physiques plus soutenues comparé aux non-consommateurs, probablement grâce à un soulagement de la douleur. Encourager l’activité physique par cet effet peut donc améliorer la santé générale et la qualité de vie des patients au VIH.

CBD : une alternative légale non-intoxicante
Vous l’aurez remarqué, un composé présent dans certains exemples ci-dessus – le cannabidiol (CBD) – est particulièrement étudié. C’est d’abord grâce à sa nature non-psychoactive qu’il attire l’attention des professionnels de santé. Autre avantage par rapport au THC ou au cannabis entier : il est désormais légal dans de nombreuses juridictions. Pour toutes ces raisons, les personnes séropositives ne souhaitant pas « planer », éviter tout problème légal ou simplement peu enclines au cannabis classique se tournent souvent vers le CBD, consommé sous forme de gummies, d’huile ou de crème.
Le CBD peut proposer un léger soulagement de la douleur, aider à réduire les nausées et modérer l’inflammation, mais il ne semble pas agir sur l’infection VIH elle-même. À noter également que bien qu’il soit légal, non-psychoactif et sans effets secondaires graves connus, aucun médicament à base de CBD n’est pour l’instant homologué par la FDA contre le VIH ou le SIDA, et les interactions entre CBD et TAR restent très peu étudiées.
Nous conseillons aux personnes vivant avec le VIH qui souhaitent essayer le cannabidiol de commencer par une faible dose puis d’augmenter progressivement si nécessaire.
Recherches à venir
Pendant la période de prohibition, le cannabis était généralement étudié pour ses effets potentiellement nocifs et son risque sociétal. Ce n’est que depuis quelques décennies que les scientifiques se penchent sur ses usages thérapeutiques. Le mouvement vers une utilisation médicinale du cannabis se poursuit aujourd’hui, y compris pour la recherche sur le VIH.
Une future étude évaluera la santé cardiovasculaire de séropositifs utilisant du cannabis. Les cardiologues compareront la présence de THC et de CBD dans leur sang ou leur urine avec la structure et la fonction de leur cœur via IRM. L’objectif principal sera de suivre un facteur de risque principal : l’inflammation.
Une autre étude menée à l’Université de Floride suivra 400 séropositifs utilisateurs de cannabis médical sur 5 ans pour évaluer la fréquence, la quantité et le contenu exact en cannabinoïdes de leurs médicaments. Les résultats sur les symptômes seront comparés dans le temps, mais les chercheurs espèrent aussi mieux comprendre comment le cannabis affecte la cognition, la mémoire et la planification chez ces patients.

Pendant ce temps, des chercheurs de l’Université du Mississippi, School of Pharmacy, ont obtenu une subvention pour étudier les effets anti-inflammatoires et antalgiques du cannabis chez les séropositifs. Leur but : identifier les cannabinoïdes procurant un soulagement sans potentiel d’addiction.
En conclusion
D’après les données actuelles, le cannabis apparait depuis longtemps comme une médecine prometteuse chez les personnes vivant avec le VIH. Ses bénéfices vont bien au-delà de la simple gestion de l’inflammation, des douleurs, du manque d’appétit, du sommeil, de l’anxiété, ou de la dépression. Certaines études montrent que le cannabis pourrait même améliorer la qualité de vie générale, réduire la dépendance à des médicaments risqués, voire diminuer elle-même les effets du virus.
Les patients vivant dans des pays ou régions où le cannabis médical est légal et accessible devraient l’envisager comme option thérapeutique et en discuter avec leur médecin. Les inquiétudes sur d’éventuels risques, notamment à long terme, subsistent, mais on peut espérer que les progrès de la recherche permettront bientôt de mieux comprendre la relation entre le cannabis et le VIH.
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