Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ?

13 October 2021
Nous discutons des effets du cannabis sur différents types de mémoire à court terme et s'il est possible que ces effets persistent à long terme.
13 October 2021
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Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ?

Sommaire:
En savoir plus
  • 1. C'est compliqué, même avant que l'herbe n'entre en jeu
  • 2. La consommation de cannabis provoque-t-elle une perte de mémoire ?
  • 2. a. Mémoire de travail
  • 2. b. Mémoire verbale
  • 2. c. Mémoire prospective
  • 2. d. Le rôle de l’ibuprofène et des autres ains
  • 2. e. Cannabis et consolidation de la mémoire pendant le sommeil
  • 3. Le cannabis peut-il améliorer la mémoire ?
  • 4. En conclusion

Il suffit de fumer de l’herbe une seule fois pour remarquer que cela perturbe la mémoire. Cet effet particulier est si évident qu'il existe même une variété de cannabis appelée Memory Loss. Ainsi, personne ne niera la réalité de l'interaction entre le cannabis et la mémoire. La question est de savoir dans quelle mesure la substance affecte les différentes formes de mémoire et si ces effets sont réversibles.

Les recherches sur le cannabis et la perte de mémoire confirment que la substance perturbe la mémoire, principalement à court terme, mais également la formation de la mémoire à long terme. Certaines études suggèrent que les gros consommateurs s’adaptent à ces effets et que les déficits sont réversibles après l’arrêt. Et l’exposition à de faibles doses de cannabis améliore la mémoire, du moins chez les souris. Donc, si vous avez des doutes à utiliser du cannabis médical parce qu’il « détruit la mémoire », peut-être que les preuves disponibles vous rassureront. De même pour la consommation récréative intense : avant de décider que le cannabis a ruiné votre mémoire pour de bon, regardez ce que la science en dit.

C'est compliqué, même avant que l'herbe n'entre en jeu

Nous sommes tellement habitués au fonctionnement de notre mémoire que nous la tenons pour acquise. Pourtant, il s'agit d'un enchevêtrement incroyablement complexe de processus. On peut grossièrement diviser la mémoire en trois étapes principales :

 

  • Encodage. L’information est reçue et traitée.
  • Stockage. L’information est sauvegardée pour une utilisation immédiate (mémoire à court terme) ou pour plus tard (mémoire à long terme).
  • Rappel. Le processus de souvenir ou, autrement dit, d’accès à l’information stockée dans notre cerveau.


Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ? – Trois étapes de la mémoire : encodage, stockage, rappel

Étapes du processus de mémorisation.


Cela semble simple, mais ce n'est qu'une approximation très grossière, et le processus implique de nombreuses régions du cerveau, dont la plupart possèdent un grand nombre de récepteurs cannabinoïdes. Le THC et d'autres cannabinoïdes psychoactifs présents dans le cannabis se lient à ces récepteurs et modifient ainsi le fonctionnement de notre cerveau et de notre mémoire.

Un autre aspect est l’influence du cannabis sur le cerveau en développement. De la même manière que le cerveau, en général, a évolué progressivement chez nos ancêtres humains et non humains, nos cerveaux individuels « évoluent » dans nos crânes. Ce processus est très lent et continue jusqu’au milieu de la vingtaine.


Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ? – IRM comparant les cerveaux de fumeurs de cannabis et de non-fumeurs

IRM du cerveau des fumeurs et non-fumeurs.
 

De nouvelles études en neuro-imagerie montrent que le cerveau des fumeurs d’herbe est différent de celui des non-fumeurs, surtout lorsqu’ils commencent à fumer à un jeune âge. Non, rien en forme de bang n’apparaît à l’écran, et il serait exagéré de parler ici de « lésion cérébrale » comme le font certains médias sensationnalistes. Cependant, la différence de masse et d’épaisseur de la matière grise et blanche dans certaines zones du cerveau est bien réelle. Tout cela ne peut qu’affecter un aspect aussi important de notre cognition que la mémoire et mérite donc d’être étudié.

La consommation de cannabis provoque-t-elle une perte de mémoire ?

Lorsque nous parlons de « perte de mémoire », nous pensons à quelque chose de persistant et de long terme, et nous soupçonnons que cela doit concerner surtout les gros fumeurs de cannabis. Et logiquement, cette question a été étudiée à de nombreuses reprises. Avec des résultats non concluants.


Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ? – Test d’images pour la mémoire visuelle

Test d’images pour la mémoire visuelle.
 

Effectivement, ceux qui abusent du cannabis obtiennent des résultats légèrement inférieurs aux tests de mémoire que ceux qui n’en consomment pas. Ils éprouvent des difficultés à apprendre de nouvelles choses et à se souvenir de ce qu’ils savent, comparativement aux non-fumeurs. Néanmoins, les chercheurs qualifient ces déficits de mémoire de modérés et admettent que même ceux-ci pourraient être dus aux effets aigus et non à long terme. Ou, plus simplement, les sujets de test étaient probablement juste défoncés pendant le test. Comme le sont beaucoup de gros fumeurs la plupart du temps.

 

Attention : Quand on parle de fumer, cela inclut en réalité toute forme d’utilisation, y compris le cannabis médical, comme l’huile ou les comestibles.

Si vous avez commencé à fumer jeune, il est plus probable que l’altération à long terme de la fonction de mémoire persiste après l’arrêt. 

% de déclin du QI associé à la consommation de cannabis

Persistance de la consommation N % Homme QI total
Âge 7-13 Âge 38
Jamais consommé 242 38.84 99.84 100.64
Déjà consommé, jamais régulièrement 508 50.59 102.27 101.24
Consommation régulière, 1 vague 47 72.34 101.42 98.45
Consommation régulière, 2 vagues 36 63.89 95.28 93.26
Consommation régulière, 3+ vagues 41 78.05 96.00 90.77

Déclin du QI associé à la consommation régulière de cannabis, selon plusieurs vagues d’étude avec des sujets âgés de 7 à 38 ans.


En résumé : les possibilités de causer de vrais dommages sur votre mémoire en fumant du cannabis quotidiennement pendant des années ou de développer un trouble de la mémoire sont sans doute un mythe. Du moins, il n’existe actuellement aucune donnée scientifique pour appuyer cette idée. Les problèmes de mémoire pendant l’intoxication due au cannabis sont une autre histoire.

Mémoire de travail

La façon la plus courante dont le cannabis provoque des problèmes de mémoire est son effet sur la mémoire de travail. Nous n’allons pas chipoter sur les termes ici, alors disons que mémoire de travail = mémoire à court terme. Elle nous permet de rester concentrés sur une tâche sans perdre le fil… …Euh, de quoi on parlait déjà ?


Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ? – Illustration de déficit de mémoire de travail chez les consommateurs de cannabis

C’est ainsi que se manifestent les problèmes de mémoire de travail.


Des expériences sur l’humain et l’animal ont démontré que le cannabis perturbe la mémoire de travail. Mais moins chez les consommateurs quotidiens et lourds. En fait, le développement d’une tolérance au THC permet de limiter le déficit associé à la mémoire de travail.

Beaucoup d’entre vous ont sûrement déjà vécu autre chose : impossible de se souvenir de toutes ces idées de génie pourtant si claires lorsque vous étiez high. Ce n’est sans doute pas un problème de mémoire en soi, mais plutôt de surcharge cognitive. On ne peut tout simplement pas faire le tri dans mille idées à la minute qui nous traversent l’esprit, sans suffisamment de clarté d'esprit pour les suivre jusqu'au bout.

Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ? – Dessin illustrant la surcharge cognitive

Les fumeurs de cannabis font parfois l’expérience d’une surcharge cognitive.

Mémoire verbale

La mémoire verbale est une forme de mémoire de travail, mais elle concerne spécifiquement le fait de se souvenir de mots, de termes et de noms. Si vous êtes incapable de retenir un seul article de votre liste de courses, c’est peut-être parce que vous avez fumé un joint de trop avant d’y aller. Car oui, le cannabis pose des problèmes de mémoire verbale, et les utilisateurs intensifs actuels obtiennent de moins bons résultats dans les tests cognitifs portant sur les mots.

Néanmoins, les anciens consommateurs s’en sortent très bien, ce qui signifie que la perte de mémoire verbale est réversible : après l’arrêt du cannabis, la récupération est rapide. Ceci a été confirmé par une autre étude (à plus petite échelle) où des adolescents et de jeunes adultes ont été payés pour arrêter de fumer du cannabis pendant un mois. Et même avant que les symptômes de sevrage ne disparaissent, le brouillard de mémoire s’estompe. Une semaine après l'arrêt, les sujets obtenaient déjà de bien meilleurs résultats aux tests sur la mémoire des mots.

Mémoire prospective

« J'allais te faire l’amour,
Mais j’ai fumé… »


Autre forme de mémoire à court terme, la mémoire prospective nous permet de ne pas louper notre sortie sur l’autoroute, ou de nous rappeler nos projets plus tard. Fait intéressant, une étude a montré que les jeunes adultes qui consomment du cannabis ne pensent pas oublier leurs intentions, mais ils rencontrent quand même des difficultés de mémoire prospective lors des tests.

Le rôle de l’ibuprofène et des autres AINS

La bonne nouvelle, c’est que tout effet négatif immédiat du cannabis sur la mémoire et la cognition pourrait être compensé par l’ibuprofène ou d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens. Une étude sur des souris a montré que le THC augmente le niveau d’une enzyme appelée COX-2 (responsable du trouble de la mémoire) et que l’ibuprofène fait l’inverse : il abaisse le niveau de COX-2. Cela aide donc les souris à ne pas oublier.

Mais avant de décider de ranger de l’ibuprofène ou autre AINS dans votre réserve secrète, renseignez-vous sur les effets secondaires. Selon le Dr Gundry, ces médicaments en vente libre ne sont pas si bénins finalement.

Cannabis et consolidation de la mémoire pendant le sommeil

L’influence négative du cannabis sur la mémoire ne s’arrête pas à la mémoire à court terme. Bien que nous oubliions la majeure partie des informations stockées dans notre mémoire de travail aussitôt qu’elles ne servent plus, certaines sont assez précieuses pour accéder à la mémoire à long terme. Ce processus, appelé « consolidation de la mémoire », se passe principalement, selon les scientifiques, pendant notre sommeil.

Le cannabis est bien connu pour supprimer la phase du sommeil à mouvements oculaires rapides (REM). C’est la raison pour laquelle on dort si profondément après une session nocturne, sans se rappeler avoir rêvé. Les anciennes recherches pointaient la phase REM comme la plus importante — et peut-être la seule — dans la consolidation de la mémoire à long terme. Les études récentes émettent des doutes, suggérant que la phase de sommeil à ondes lentes — celle qui rend le sommeil si réparateur sous cannabis — joue un rôle important aussi. Toutefois, sans REM, la consolidation n’est pas complète : donc, fumer avant d’aller au lit ne fera pas de vous Funes, le mémorable.

Le cannabis peut-il améliorer la mémoire ?

Certains passionnés de la plante pensent que le cannabis aide la mémoire. Et ils ont peut-être raison, car une étude menée sur des souris l’a montré. Les résultats sont étonnants : après 30 jours de faibles doses de THC, certaines fonctions cognitives, dont la mémoire et la capacité d’apprentissage, étaient chez de vieilles souris quasi identiques à celles de jeunes rongeurs. Hélas, l’effet est l’inverse chez les jeunes souris : leur fonction cognitive est altérée par le THC.


Le cannabis provoque-t-il une perte de mémoire ? – Dessin de deux souris âgées, l’une avec une canne, l’autre avec un joint de cannabis

De faibles doses de THC améliorent la mémoire des vieilles souris.


Nous ne savons pas encore si c’est pareil chez l’humain. Mais si le cannabis améliore la mémoire chez les personnes âgées, c’est probablement grâce à une restructuration d’un cerveau vieillissant coincé dans ses habitudes. Et encore une chose : si vous cherchez des variétés de cannabis pour la mémoire, privilégiez celles avec de faibles taux de THC et un taux important de CBD.

De faibles doses de THC peuvent aussi réduire l’expression des souvenirs traumatiques chez les patients atteints de PTSD et l’anxiété liée au rappel des mauvais souvenirs. Ici, le cannabis inhibe la mémoire plutôt que de la stimuler, mais l’essentiel, c’est l’amélioration de notre santé mentale. Encore une fois : les variétés pauvres en THC et riches en CBD sont les plus utiles.

En conclusion

Avant les recherches scientifiques récentes, on pensait que le CBD était le seul cannabinoïde possédant des propriétés médicinales intéressantes. Mais aujourd’hui, les chercheurs ont découvert que le THC aussi peut contribuer à notre équilibre mental. Malgré son illégalité, il est désormais prouvé que le THC peut traiter le PTSD et l’anxiété, entre autres symptômes ; et tôt ou tard, tous ceux qui en ont besoin pourront accéder à ce type de produits. En attendant, croisons les doigts.

 

Références externes

  1. The effect of cannabis use on memory function: an update, Substance Abuse and Rehabilitation, 2013
  2. Verbal Memory Performance and Reduced Cortical Thickness of Brain Regions Along the Uncinate Fasciculus in Young Adult Cannabis Users, Nina Levar et al., Cannabis and Cannabinoid Research, 2018
  3. Does cannabis use affect prospective memory in young adults?, Janice Bartholomew et al., Journal of Psychopharmacology, Feb 2010

 

 



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