Gestion des déchets dans les cultures de cannabis

03 September 2021
Comment les cultivateurs de cannabis gèrent-ils leurs déchets ? Continuez votre lecture pour en savoir plus !
03 September 2021
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Gestion des déchets dans les cultures de cannabis

Sommaire:
En savoir plus
  • 1. Cultures de cannabis et déchets végétaux
  • 2. Types de déchets
  • 3. Quantité de déchets
  • 4. Pratiques de gestion des déchets végétaux
  • 4. a. Compostage
  • 4. b. Mise en décharge
  • 5. Gestion des déchets d'emballages de cannabis
  • 5. a. Recyclage
  • 5. b. Déchets dangereux
  • 6. Bonnes pratiques de gestion
  • 7. Conclusion

Depuis la légalisation dans certains endroits, le nombre de cultures de cannabis légales a augmenté de façon exponentielle et on estime que plus de 60 000 tonnes de déchets, incluant substrat et matière végétale, sont produites chaque année par les installations indoor, sous serre et en extérieur. 

Au cours des dernières années, les cultivateurs de graines de cannabis commerciaux ont éliminé leurs déchets de plusieurs façons : compostage, mise en décharge, incinérateurs/déchets pour énergie ou traitement en cuve, mais en raison du manque de directives spécifiques, les producteurs disposent de peu d'options. De plus, de nombreuses juridictions exigent que les déchets de cannabis soient rendus inutilisables et méconnaissables avant d'être éliminés, mais ne précisent pas ce que cela signifie réellement, ce qui crée des risques potentiels de contamination, de sécurité et de santé. Les sites de culture doivent éliminer leurs déchets, mais il n'y a pas de règles dans la plupart des endroits, les producteurs doivent donc recycler leurs déchets pour générer le moins de déchets possible, ce qui les pousse à adopter des solutions alternatives plus écologiques, que vous découvrirez plus loin dans l'article.

1. Cultures de cannabis et déchets végétaux

Depuis la légalisation récréative, des réglementations sur qui peut cultiver, transformer et consommer du cannabis ont été établies, mais elles n'ont pas pris en compte la façon dont les sociétés doivent éliminer les sous-produits de la production de cannabis. Cela signifie que toutes les installations légales de transformation et de culture, y compris les serres, les cultures extérieures et intérieures, n'ont aucune directive sur la gestion des déchets. Ces installations produisent non seulement des déchets végétaux mais doivent aussi éliminer le substrat après chaque cycle de culture et l'eau contaminée par des engrais synthétiques, et comme la plupart réalisent entre 1 à 3 récoltes par an, cela constitue un volume considérable à traiter. Par ailleurs, certains types de substrats ne peuvent pas être compostés, comme la vermiculite par exemple, donc les producteurs doivent trouver un moyen de gérer les déchets qui ne peuvent pas être recyclés ou éliminés via les méthodes classiques.

 

Gestion des déchets de cannabis : déchets organiques

Boucle des déchets organiques.
 

En dehors des opérations de culture, les transformateurs de cannabis rencontrent les mêmes difficultés. Les transformateurs doivent transformer la matière végétale en distillats afin de produire des comestibles, des topiques ou des huiles, et le plus souvent ils réalisent l'extraction à l'aide de solvants comme l'éthanol, l'heptane, le propane ou le butane. Même si la majorité des transformateurs et des extracteurs utilisent des technologies permettant de recycler la majeure partie des solvants employés, il reste une quantité importante de résidus qui doit être éliminée et qui ne peut pas l'être facilement car elle est considérée comme des déchets dangereux.

Il existe aujourd'hui différentes méthodes d'extraction des composés chimiques nécessaires dans le cannabis, comme le dioxyde de carbone supercritique, la haute pression ou la chaleur, qui génèrent moins de déchets toxiques que les méthodes précédentes, mais la quantité de THC et de CBD perdue avec ces méthodes est plus importante et leur coût plus élevé, de sorte que la plupart des entreprises, notamment les petites structures, ne peuvent pas recourir à ce type de technologies.

2. Types de déchets

La plupart des déchets issus des cultures et de la transformation commerciale du cannabis proviennent des emballages et des sous-produits végétaux. Les sous-produits végétaux désignent des déchets organiques tels que les tiges, branches, et feuilles jetés après chaque récolte, mais incluent également les substrats qui peuvent facilement être compostés et transformés en nutriments pour plantes. Cependant, la majorité des cultivateurs utilise des substrats difficiles à composter ou impossibles à composter afin d’éviter la transmission de maladies ; dans certains cas, les substrats ne sont pas acceptés dans les filières de gestion des déchets organiques. C'est le cas de la laine de roche, non réutilisable et non compostable, qui reste pourtant le substrat préféré dans la plupart des grandes cultures commerciales.

 

Gestion des déchets de cannabis : types de déchets

Les déchets de cannabis sont constitués des emballages produits et des sous-produits végétaux comme les tiges et les feuilles.
 

D'autre part, les emballages de cannabis comprennent des matériaux comme le carton, le plastique, le verre, les stylos à vape et les piles, ce qui pose un énorme problème car certains peuvent être recyclés, mais la plupart finissent en décharge. À cause des lois actuelles, il est impossible de recycler les emballages de cannabis en raison du risque potentiel de contenir des résidus de THC et de CBD ; l'emballage du cannabis est considéré comme un risque potentiel pour la santé et la majorité des emballages doivent être traités différemment et ne peuvent pas être recyclés, surtout les batteries de vapes jetables.

Existe-t-il une différence entre les déchets de chanvre, de THC et de CBD ?

Oui, mais tous doivent être éliminés de façon similaire car les cannabinoïdes peuvent s'accumuler dans le sol ou dans l'eau. Mais d'abord, comprenons mieux le THC, le CBD et le chanvre. Les cultures de cannabis indoor et outdoor, et la production en général, connaissent une croissance explosive, ce qui signifie que les déchets liés au cannabis augmentent eux aussi très rapidement. Certains endroits ont déjà mis en place des procédures de gestion des déchets adaptées, mais ce n'est pas le cas dans tous les États ou pays. Les deux sources principales de déchets dans l'industrie sont la matière végétale et les emballages. En raison de la rapidité de cette croissance, les réglementations gouvernementales ne facilitent pas la durabilité, il n'y a donc que deux solutions : soit déléguer la gestion des déchets, soit prendre l'initiative et utiliser des techniques comme le bokashi, par exemple. Le THC est le principal composé psychoactif du cannabis et responsable de ses effets. Le CBD est le second cannabinoïde le plus connu, considéré comme non euphorisant. Le chanvre désigne quant à lui les fibres du plant de cannabis ; cependant, n'oubliez pas que les plantes de chanvre contiennent du CBD, mais aussi jusqu'à 0,3 % de THC. À garder à l'esprit : les plantes riches en THC contiendront également du CBD, et inversement, et tout déchet contenant du THC ou en ayant été en contact est considéré comme toxique et doit être détruit puis mélangé avec d'autres matériaux jusqu'à être inutilisable.

N'oubliez pas que la notion de « inutilisable » et « méconnaissable » varie selon les États mais l'idée principale est d'éviter que les déchets de cannabis n'atteignent le sol, l'eau, ou ne soient ingérés par des animaux ou des mineurs. Cela signifie que ces déchets doivent non seulement être éliminés correctement mais aussi stockés convenablement, puisqu'ils ne doivent pas être traités comme des déchets classiques. Retenez que les fleurs, tiges, racines, résidus de taille et feuilles font partie des déchets considérés comme dangereux. Ces déchets dangereux peuvent être éliminés de différentes façons : décharge, incinération, compostage ou traitement en cuve fermée. Continuez la lecture pour tout savoir sur la gestion des déchets dans les cultures de cannabis.

3. Quantité de déchets

Aux États-Unis, on estime que les cultures de cannabis produisent chaque année plusieurs milliers de tonnes de déchets et, rien qu’en Californie, les emballages de cannabis représentent 25 % de tous les déchets évacués. Selon une étude, environ 15 litres de substrat sont utilisés par plant de cannabis, avec une moyenne de 4 cycles de culture par an, produisant plus de 2 0438 600 mètres carrés de déchets de substrat. 

Pourcentage de déchets verts par plant de cannabis

Déchets organiques Pourcentage
Feuilles 1 - 2 %
Tiges et branches 0,1 - 0,3 %
Racines < 0,03 %

 

De plus, les déchets verts comme les tiges, branches et feuilles produisent environ 1,75 litre de déchets par plant, donc la moyenne est estimée à 114 kg/m³, ce qui représente plus de 233 tonnes de déchets végétaux issus des cultures indoor, sous serre et outdoor, et ce nombre va quasiment tripler à mesure que davantage de licences seront attribuées.

4. Pratiques de gestion des déchets végétaux 

La légalisation du cannabis récréatif a eu un impact majeur sur l’industrie de la gestion des déchets à cause de l’augmentation du volume rejeté par les cultures de cannabis. Des efforts ont été réalisés pour cadrer la gestion des déchets de cannabis, comme l’exigence que la matière végétale soit détruite ou modifiée avant élimination, mais il n'y a pas d'indication claire concernant le traitement des autres types de déchets car la manière de gérer ces déchets est encore mal comprise. Le cannabis diffère des autres cultures en raison des résidus de CBD et THC ; à cause de la présence de ces cannabinoïdes, seules quelques installations acceptent les déchets organiques de cannabis, ce qui oblige les producteurs à trouver des alternatives. 

Malgré le manque de consignes, certains États ont adopté une approche déchets dangereux / non dangereux. Selon cette méthode, les déchets de cannabis non dangereux doivent être rendus méconnaissables et inutilisables en broyant finement la matière végétale et en la mélangeant à quantités égales d'autres déchets compostables non issus du cannabis comme les déchets alimentaires, de jardin ou du fumier animal.

 

Gestion des déchets de cannabis : méthodes de gestion

Méthodes de gestion des déchets les plus courantes dans le cannabis.
 

Mais les déchets dangereux posent problème : ils ne sont pas compostables et doublent quasiment la masse envoyée en décharge. Aux États-Unis, où le cannabis est légal depuis plus longtemps que dans d'autres pays, certains États encouragent les producteurs à adopter des pratiques durables. Dans l'Oregon, par exemple, il existe des réglementations sur les déchets dangereux solides, les cultivateurs doivent donc tenir un registre des matières rejetées, les stocker de façon sécurisée, avec accès limité et les éliminer selon les méthodes suivantes.

Compostage

Le compostage des déchets organiques permet de réduire le volume de déchets et de transformer les déchets en ressources nutritives pour d’autres cultures tout en limitant les émissions de gaz. En extérieur, c’est possible dès qu’il y a suffisamment d’espace. Si c’est possible, le compost peut aussi être utilisé dans le sol, ce qui l’enrichit considérablement, car les résidus végétaux — tiges, branches, racines — apportent de l’azote, produisant un compost similaire à celui des autres déchets végétaux.

Le compostage peut également être réalisé à l'aide de machines de traitement spécialisées, appelées in-vessel, qui transforment les déchets végétaux en compost tout en limitant les odeurs mais qui sont inadaptées aux cultures intérieures ou aux serres où l'espace est limité.

Le compostage n'est pas seulement une bonne méthode pour réduire les déchets de votre culture à la maison. C’est également l’un des meilleurs moyens de garder votre sol fertile—gratuitement ! Pour comprendre ce procédé, il faut comprendre la nature même du compost. Cet or noir est simplement le résultat final de la décomposition microbienne. Le compost est constitué de deux grandes familles de matériaux : verts et bruns. Les verts comprennent les déchets frais de cuisine, tonte d'herbe et résidus de jardin, et les bruns regroupent copeaux de bois et feuilles mortes. Quand ces matériaux sont mélangés à parts égales (1:1), ils produisent un excellent compost. Pourquoi ? Parce que bactéries, champignons et autres organismes libèrent des enzymes qui les dégradent. Il existe deux méthodes : le compostage à chaud, qui donne un compost en quelques semaines : il suffit de tout mettre dans un bac à compost en une seule fois et de le retourner régulièrement. Le compostage à froid prend plus de temps : il s’agit juste d’ajouter des matériaux à mesure qu’ils sont disponibles.

Les producteurs peuvent également envoyer leurs déchets végétaux dans des stations de compostage mais cela requiert un transport qui peut s’avérer onéreux, sans compter les contraintes règlementaires supplémentaires que ces installations impliquent. Selon les experts, les producteurs pourraient tirer profit des fibres issues des tiges et branches de cannabis, mais en pratique cela reste très difficile à cause de la législation actuelle.

Mise en décharge

Le recours à la décharge est la méthode la plus courante pour l’élimination des déchets de cannabis car elle est simple, pratique et ne nécessite aucun équipement spécifique. Malgré les coûts de transport, cela reste la solution la plus employée puisqu’il suffit d’enterrer la matière végétale. Néanmoins, même si elle est largement utilisée, la mise en décharge n’est pas considérée comme idéale car elle contribue aux émissions de gaz à effet de serre, contrairement au compostage.

5. Gestion des déchets d'emballages de cannabis 

Les méthodes mentionnées plus haut concernent les déchets végétaux, mais l’industrie du cannabis génère aussi des déchets comme le verre et le plastique, qui sont parmi les pires polluants car ils ne peuvent pas être compostés. Les producteurs doivent donc recourir aux méthodes suivantes pour la gestion des emballages.

Recyclage

L’emballage du cannabis est le principal problème depuis la légalisation car la réglementation encadre strictement les matériaux autorisés, rendant l'utilisation d'alternatives écologiques quasiment impossible. Par exemple, les adhésifs très forts imposés pour les étiquettes pour empêcher leur retrait compliquent le recyclage ; de même, les piles de stylos à vape sont peu prisées des recycleurs car considérées dangereuses. Aujourd’hui, il est possible de recycler les emballages de cannabis mais cela dépend du consommateur final, qui souvent ne sait pas comment faire ou ne le souhaite tout simplement pas.

 

Gestion des déchets de cannabis : recyclage des emballages

Quand c'est possible, les emballages de cannabis sont fondus et transformés en objets comme des bancs de parc publics.
 

Face à ce problème, des entreprises proposent des services de recyclage spécialisés pour les déchets de cannabis difficiles à recycler. Plutôt que d’être envoyés en décharge, les emballages sont collectés, recyclés et réutilisés. Ces entreprises gèrent en général différemment les emballages et les vapes. Les programmes de recyclage des emballages collectent, nettoient puis fondent les plastiques pour les transformer en objets tels que bancs publics ou arrosoirs, par exemple. Les programmes de recyclage des vapes suivent un processus similaire, mais pour refondre les métaux et produire de nouveaux vapes ou d’autres produits.

Déchets dangereux

Les déchets dangereux, comme les solvants utilisés pour produire des extraits ou huiles de cannabis, sont généralement soumis à la réglementation des déchets dangereux ; il appartient donc à chaque entreprise de vérifier les exigences liées à chaque solvant et de demander une autorisation d’élimination adaptée que ce soit pour les rejets atmosphériques, solides ou liquides.

6. Bonnes pratiques de gestion

Comme il n’existe pas de directives claires sur l’élimination des déchets de cannabis, les entreprises partagent certaines pratiques axées sur la réutilisation et la minimisation des déchets autant que possible. Voici quelques-unes des meilleures pratiques recommandées par la majorité des producteurs de cannabis (lorsque cela est possible) :

  • Encourager les extractions sans solvant : les transformateurs de cannabis devraient être incités à développer de nouveaux procédés d’extraction moins polluants ou recourir à des techniques sans solvant pour limiter les déchets dangereux.
  • Compostage des déchets organiques : les installations en extérieur devraient composter sur place si possible, et les installations indoor ou sous serre devraient s’associer à des exploitations agricoles pour transformer les déchets végétaux de cannabis en substrat organique ou sol riche en nutriments.
  • Valoriser les fibres végétales : encourager les producteurs à explorer différentes manières de réutiliser les fibres végétales (comme pour le chanvre), pour fabriquer des vêtements, isolants ou d'autres produits.

  • Privilégier des approches moins génératrices de déchets : Employer des technologies permettant l’utilisation de la lumière du soleil plutôt que l’éclairage artificiel, utiliser des lampes recyclables et préférer un substrat de culture qui puisse être composté sur place si possible.
  • Fixer une limite de déchets : Instaurer un plafond de déchets oblige les producteurs à avoir un plan de gestion. Si la quantité dépasse ce seuil, les producteurs devront compostage sur place ou transporter le surplus vers une structure spécialisée, en fournissant une preuve de recyclage des excédents et de la façon dont cela a été effectué.
  • Encourager les emballages réutilisables : Dès que possible, opter pour des emballages durables, réutilisables et rechargeables, et appliquer des taxes plus élevées pour ceux qui ne le font pas.

7. Conclusion

L’industrie du cannabis connaît une croissance exponentielle qui entraîne la production de volumes massifs de déchets, d’où la nécessité de mettre en place des programmes de gestion adaptés et de donner des orientations claires sur les meilleures solutions. Pour de meilleurs résultats, le gouvernement devrait dialoguer avec le secteur du cannabis afin de trouver la solution la mieux adaptée à tous. L'industrie continuera de croître : une gestion efficace des déchets doit être instaurée au plus vite. Cela dit, l’industrie légale du cannabis est encore jeune et peine à s’adapter, il faudra donc encore un peu de temps avant que les pratiques de gestion des déchets ne soient stabilisées pour ce secteur.


Si vous avez des astuces pour aider les cultivateurs à domicile à gérer leurs déchets, n’hésitez pas à partager votre savoir avec les autres cultivateurs dans la section commentaires ci-dessous !



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