Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique

25 March 2021
Découvrez tout sur un terpène tendance unique au haschich marocain
25 March 2021
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Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique

Sommaire:
En savoir plus
  • 1. Qu'est-ce que le hashishène ?
  • 1. a. La raison du succès du haschich marocain
  • 2. Comment le hashishène a-t-il été découvert ?
  • 2. a. Abondant dans le haschich marocain, quasi absent ailleurs
  • 3. Pourquoi le hashishène est-il présent dans le haschich mais pas dans les têtes ?
  • 3. a. Tout se joue dans le processus de fabrication du haschich
  • 3. b. D’autres terpénoïdes se forment-ils de la même façon ?
  • 3. c. Beaucoup de choses restent à élucider
  • 4. Autres terpènes courants dans le cannabis
  • 5. Conclusion
  • 6. Références externes

Incroyable mais vrai, le hashishène a été découvert par des scientifiques dès 2014. Pourtant, ce terpène est largement resté méconnu de la communauté des cultivateurs de cannabis et n’a fait la une des publications spécialisées que récemment.

Qu'est-ce que le hashishène ?

Le hashishène est un terpène du cannabis que l’on retrouve dans le haschich marocain et qui lui donne cette saveur si particulière, à la fois terreuse et florale. Les scientifiques pensent que, pour obtenir du hashishène, il faut manipuler les têtes selon des techniques précises.

Lisez la suite, vous pourriez bien revoir votre manière traditionnelle de sécher et d’affiner votre récolte.

En fait, le hashishène est une version altérée du bêta-myrcène, un terpène très courant et familier qui n’est pas unique au cannabis, puisqu’on en trouve également en grande quantité dans d’autres plantes, comme la mangue, le houblon, le laurier et l’orge.

 

Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique : Myrcène dans les mangues

On dit que manger des mangues riches en myrcène peut renforcer les effets de la weed.
 

Le hashishène et le myrcène partagent la même formuleC10H16—et le même poids moléculaire, mais les atomes sont agencés différemment.

La formule exacte du hashishène paraît assez intimidante — 5,5-diméthyl-1-vinylbicyclo[2.1.1]hexane. Heureusement, les scientifiques qui ont découvert cette substance lui ont donné un nom beaucoup plus court et facile à retenir. Ce nom illustre d’ailleurs le fait un peu triste que ce terpène rare ne se retrouve en quantité importante que dans certaines formes de haschich. En particulier, le haschich marocain si familier aux consommateurs européens, mais presque inconnu aux États-Unis et ailleurs.

 

Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique : Haschich au goût de hashishène

Le goût hashishène rend le haschich marocain immédiatement reconnaissable.

La raison du succès du haschich marocain

Le Maroc est un pays d’Afrique du Nord qui peut s’enorgueillir de bien des choses. Parmi elles, le haschich marocain. Les Européens l’adorent pour son high doux et unique et son goût mémorable — doux, terreux, floral et sucré. Les qualités relaxantes de l’effet sont peut-être dues à la forte teneur en CBD que posséderaient certaines variétés marocaines. Une autre explication possible tiendrait aux méthodes artisanales uniques employées par les fabricants de haschich. Ces méthodes favoriseraient une conversion plus importante du THC en cannabinol, ce dernier n’offrant qu’un léger effet sédatif.

Concernant la saveur caractéristique du haschich marocain, plusieurs théories circulent. L’idée la plus répandue est qu’il existe quelque chose d’unique dans le sol du Maroc, en particulier dans la vallée du Rif. Ce sol y est particulièrement pauvre et sec et les cultivateurs qui essaient de faire pousser de la weed marocaine en intérieur reçoivent comme conseil de ne pas trop nourrir leurs plantes et de leur apporter le strict minimum d’eau.

 

Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique : Carte du Maroc

Pour de nombreux fumeurs européens, le Maroc est un pays qui sent le hashishène.

 

Il y a aussi la génétique Ketama (Ketama étant une petite communauté rurale du Maroc), associée au haschich de plus haute qualité. On raconte que la seule manière de retrouver le goût typique des variétés Ketama cultivées en intérieur est d’utiliser la terre natale de Ketama.

Comme nous allons le voir, les scientifiques qui ont isolé le hashishène remettent en question ces théories.

Comment le hashishène a-t-il été découvert ?

Dans son numéro de novembre 2014, le Journal of Chromatography a publié une étude sur un nouveau terpène, marqueur aromatique possible du haschich. L’objectif déclaré des chercheurs était de créer une technologie permettant d’identifier la contrebande sans recourir à des chiens renifleurs. Comme c’est souvent le cas, les résultats ont été bien différents de ce qui était attendu.

Les chercheurs de l’Université de Nice dans le sud de la France ont étudié plusieurs échantillons de résine de cannabis saisis par les autorités. Au total, ils ont analysé environ 15 grammes (environ un demi-once) de haschich « probablement originaire du Maroc ». Les auteurs ont été stupéfaits de détecter un terpénoïde jusqu’alors inconnu des chercheurs en cannabis.

Abondant dans le haschich marocain, quasi absent ailleurs

L’équipe a baptisé cette nouvelle substance — hashishène — un nom qui reflète son caractère unique.

Leurs conclusions sont remarquables : la part de hashishène atteignait 14,9 % du total des terpènes dans certains échantillons. Avant cette découverte, cette molécule exotique n’était pas totalement inconnue de la science, mais elle n’avait été rencontrée qu’en très faible quantité et dans une seule plante — la menthe verte écossaise (Mentha cardiaca L).

L’autre découverte étonnante est qu’à la différence du haschich, les fleurs séchées de cannabis ne contenaient presque pas de ce nouveau terpène. Si peu, en fait, qu’il était passé inaperçu auprès des passionnés de cannabis jusqu’alors.

 

Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique : Très peu de hashishène dans les fleurs séchées

En comparaison au haschich, les fleurs séchées contiennent quasi aucun terpène hashishène.

 

Il convient de noter que les terpènes font depuis un moment l’objet d’études sur le cannabis, sans doute autant que les cannabinoïdes. La raison ? Le fameux effet d’entourage. L’effet d’entourage signifie que le high :

  • est principalement provoqué par le THC,
  • est ensuite équilibré par la présence du CBD et d’autres cannabinoïdes,
  • est modulé par les terpènes, les terpénoïdes et les flavonoïdes.

Pourquoi le hashishène est-il présent dans le haschich mais pas dans les têtes ?

Si une substance est absente dans les fleurs séchées, mais apparait dans un produit — le haschich — issu de ces mêmes fleurs, cela ne peut signifier qu’une chose : il existe un composé source dans les têtes séchées, et ce composé est transformé en une autre molécule lors des étapes ultérieures.

Tout se joue dans le processus de fabrication du haschich

Les scientifiques ont vite découvert que le hashishène était, en fait, très proche du myrcène, présent en grande quantité dans les têtes de cannabis et bien connu des amateurs. Les deux terpènes possèdent le même type et le même nombre d’atomes, mais, dans le hashishène, ils sont disposés différemment.

Cette réorganisation, selon l’équipe, s’explique par la méthode unique utilisée par les producteurs de haschich marocain. Ils déposent les sommités récoltées sur les toits de leurs habitations, où elles sèchent sous le soleil africain riche en UV. Ensuite, une fois séchées de cette façon, commence le long processus de tamisage durant lequel la matière végétale est constamment exposée à la lumière directe du soleil.

Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique : Transformation du myrcène en hashishène

Voici comment les atomes de la molécule de myrcène se réorganisent pour produire du hashishène.

 

L’autre facteur, c’est l’oxygène, et tout ce processus s’appelle la photo-oxydation. À l’inverse, la bonne pratique chez les cultivateurs urbains de l’Ouest consiste à NE PAS exposer les têtes en séchage ou affinage à la lumière directe. On limite aussi l’apport en oxygène en affinant lentement les fleurs séchées dans des bocaux en verre fermés. Le problème, c’est que la lumière et l’oxygène dégraderaient le THC en cannabinol, une molécule ayant des effets relaxants, mais peu d'intérêt récréatif. Dans une culture où on valorise la puissance, sécher sa récolte au soleil peut paraître barbare. Mais, comme on l’a vu, la méthode peut offrir certains avantages.

D’autres terpénoïdes se forment-ils de la même façon ?

L’histoire ne s’arrête pas à la transformation du myrcène. Le même phénomène concerne d’autres terpénoïdes mineurs. Nul besoin d’être doctorant en science du cannabis pour savoir que les têtes changent de parfum, de goût et d’effets sur le corps et l’esprit tout au long de la maturation, du séchage, de l’affinage et même du stockage. C’est dû au fait que les terpènes majeurs subissent en permanence des réactions chimiques et servent de base à la synthèse d’innombrables terpénoïdes.

Donc, quand vos herbes sont malmenées par le soleil et le vent, cela ne veut pas dire que tous les terpènes — pourtant très volatils — s’évaporent complètement, privant l’herbe de nuances. Certains terpènes sont en réalité transformés en d’autres composés, parfois très intéressants. Le haschich marocain n’en est qu’un exemple.

Beaucoup de choses restent à élucider

La transformation du myrcène en hashishène a désormais été décrite dans ses grandes lignes par la science. De plus, certaines entreprises affirment maîtriser ce processus et proposent même du hashishène pur à la vente.

 

Hashishène : Un terpène qui donne au haschich marocain son arôme unique : Effets doux du hashishène

La science n’a pas encore levé tous les mystères du haschich et du cannabis en général.

 

Toutefois, certains aspects restent inconnus. Alors que la photo-oxydation s’appuie, par définition, sur la présence d’oxygène et l’exposition à la lumière du soleil, il existerait aussi des substances chimiques non identifiées. Ces photosensibilisateurs joueraient le rôle de catalyseurs, mais leur nature exacte et leur façon d’intervenir dans les réactions chimiques du cannabis restent à découvrir.

Autres terpènes courants dans le cannabis

Myrcène

Nous avons déjà vu en détail plus haut comment le myrcène précède le hashishène, mais parlons un peu de ce terpène lui-même. Le myrcène est en fait le terpène le plus abondant dans la weed, représentant jusqu’à 65 % des terpènes présents. Il figure environ dans 1/5 des variétés de cannabis modernes, et c’est lui qui donne cette belle touche terreuse, résineuse et herbacée qu’on aime tous. Sur le plan des potentiels bienfaits santé, le myrcène serait utile pour

 

  • Troubles du sommeil
  • Anxiété
  • Dépression
  • Spasmes musculaires
  • Stress
  • Inflammation

 

On retrouve le myrcène dans tout le règne végétal, avec des concentrations élevées dans les mangues, le houblon, le thym, les feuilles de laurier et la citronnelle.

Limonène

Le limonène est le terpène le plus aromatique de tous ceux qu’on trouve dans la ganja, avec des variétés comme Sour Diesel ou Super Lemon Haze qui l’illustrent parfaitement. Il possède un arôme extrêmement citronné et puissant, ce qui explique son succès auprès des breeders, mais il suscite également l’intérêt pour ses bienfaits médicinaux. On lui attribue notamment :

 

  • Amélioration de l’humeur
  • Propriétés antibactériennes
  • Propriétés antifongiques
  • Soutien contre la dépression

 

On trouve surtout le limonène dans la famille des agrumes, principalement dans les citrons, oranges et la citronnelle.

Linalol

Le linalol est l’un des terpènes les plus subtils du cannabis, mais il donne aussi à la weed cette vraie odeur de « beuh ». On le retrouve dans les variétés comme OG Kush et Amnesia Haze, et il diffuse un parfum floral et épicé discret. Il est aussi apprécié pour ses possibles bienfaits, tels que :

 

  • Effet antidouleur
  • Effet anti-inflammatoire
  • Effet sédatif
  • Soulagement de l’insomnie
  • Propriétés anti-tumorales potentielles

 

On le retrouve partout dans la nature, notamment dans la lavande, et il est également utilisé dans certains savons et produits d’entretien.

Terpinolène

Le terpinolène est un autre terpène plus subtil du cannabis, mais il confère un arôme floral et herbacé. Il a souvent un parfum de pomme ou de lilas, et il est très utilisé dans l'industrie cosmétique grâce à sa fragrance délicate. Il pourrait également offrir :

 

  • Réduction de l’anxiété
  • Réduction de la dépression
  • Soulagement de la douleur
  • Effets anti-inflammatoires
  • Soutien contre le stress

 

On le retrouve dans de nombreuses plantes, notamment en forte concentration dans les aiguilles de pin et les conifères.

Alpha-pinène et bêta-pinène

L’alpha et le bêta-pinène sont deux terpènes très semblables, tous deux présents dans la weed, mais avec des arômes légèrement différents. L’alpha-pinène a un parfum plus boisé, tandis que le bêta-pinène est un peu plus doux et floral. Ils sont connus pour leurs bienfaits potentiels :

 

  • Soutien contre l’asthme
  • Effets anti-inflammatoires
  • Propriétés antioxydantes
  • Soutien contre les troubles de la mémoire
  • Bénéfices anti-cancer potentiels

 

On les retrouve tous les deux à l’état naturel, notamment dans les aiguilles de pin, le romarin et le basilic.

Caryophyllène

Le caryophyllène est le dernier terpène que nous aborderons ici, souvent décrit comme « épicé » ou « boisé ». C'est le terpène qui donne aux variétés comme Jack Herer et Girl Scout Cookies leur saveur si particulière, avec des notes prononcées de poivre, de clou de girofle, de cannelle et d’herbes. C’est aussi le seul terpène étudié qui se lie au récepteur CB2, ce qui lui confère un rôle direct dans la modulation des effets des cannabinoïdes dans notre corps. On lui attribue également :

 

  • Soulagement de la douleur
  • Effet anti-inflammatoire
  • Soulagement de l’anxiété
  • Amélioration de l’humeur

 

On le trouve dans de nombreuses plantes différentes, dont le poivre noir, l’origan, le basilic et le houblon.

Conclusion

La découverte d’un nouveau terpène et l’explication possible de sa synthèse ouvrent la voie à de nombreuses applications. Premièrement, cela peut intéresser les passionnés de weed qui aimeraient apprendre à fabriquer un haschich aussi typique que le produit traditionnel marocain. Deuxièmement, cela éclaire toute une classe de réactions chimiques capables de donner naissance à de nombreux nouveaux terpénoïdes. Enfin, on peut imaginer que le hashishène, cette nouvelle star dans l’équipe des constituants du cannabis, possède certaines propriétés thérapeutiques uniques. 

Après tout, la science du cannabis n’en est encore qu’à ses débuts, et il nous reste beaucoup à apprendre sur cette plante fascinante.

 

Références externes

  1. Analyse multidimensionnelle des constituants volatils du cannabis : identification du 5,5-diméthyl-1-vinylbicyclo[2.1.1]hexane comme marqueur volatil du haschich, la résine de Cannabis sativa L., Marie Marchini et al., Journal of Chromatography, Volume 1370, 28 novembre 2014, Pages 200-215
  2. Cannabis Sativa L. : une revue complète des méthodologies analytiques de caractérisation des cannabinoïdes et terpènes, Giuseppe Micalizzi et al., Journal of Chromatography, Volume 1637, 25 janvier 2021
  3. Effet de l’irradiation des fleurs de cannabis séchées sur le niveau des cannabinoïdes, des terpènes et des propriétés anticancéreuses des extraits, Olga Kovalchuk et al., Biocatalysis and Agricultural Biotechnology, Volume 29, octobre 2020


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